Gilbert OLIVIER <
gibert.olivier@orange.fr.invalid> écrivait :
Bon, c'est pas trop Mac, donc crosspost et followup-to sur fco au cas ou
cela intéresserait quelqu'un d'en parler.
Calvados, j'ai connu, dès ses débuts avec modem 300 bauds et sa
« musique » !
Petite histoire de CalvaCom.
Calvados est né en avril 1982 de la rencontre de Steve Plummer, alors
directeur de l'American College in Paris et de Jean-Louis Gassée qui
venait de fonder Apple Seedrin (1981). 1982, c'est encore la période
d'expérimentation du minitel en France. Le projet est de relier Apple
à ses revendeurs aussi bien pour les communications commerciales que
pour les ordres de commandes.
Apple « Seedrin » est le premier nom d'Apple qui devait plus tard
devenir Apple France. Pourquoi Seedrin ? C'est l'accolement de la
dernière syllabe du nom de Jean-Louis Gassée et de la dernière
syllabe de la rue du Landrin où il habitait à l'époque.
Flash-back : Au printemps 1981, Plummer avait obtenu de la marque
d'ordinateur Harris, à des conditions spéciales, un Harris 500 muni
d'une quarantaine de portes pour terminaux. Lionel Lumbroso raconte : «
L'intervention d'un jeune étudiant de l'ACP, Howard Marks, lassé de
faire la queue comme tous les étudiants pour avoir accès aux terminaux
encore trop peu nombreux, et demandant s'il lui serait possible de
relier son Apple II de chez lui au Harris, provoque l'idée "Calvados" :
permettre à d'autres Apple II de se connecter au Harris et de leur
proposer des services ».
Calvados est un infâme jeu de mots signifiant « Disc Operating System
de jus de pomme fermenté ». Au delà de cette fantaisie verbale, le
projet est très sérieux. Steve Plummer engage Jamie Gilroy, le père
technique de l'opération et Lionel Lumbroso qui en deviendra rapidement
l'homme orchestre.
En juin 1982, la société démarre dans l'ombre de Napoléon, au 100
boulevard de la Tour Maubourg sur le Harris 500 cité plus haut. Une
machine équipée de deux disques durs de 80 Mo et de 1,5 Mo de mémoire
vive. Un monstre pour l'époque. Calvados sert alors 25 revendeurs Apple
et Apple France, bien sûr. Petit à petit, un nombre croissant de
revendeurs Apple se joint à la bande des utilisateurs historiques
ainsi, et c'est important, qu'à la joyeuse troupe des «
apple-maniaques » qui forme une communauté soudée et enthousiaste.
En novembre 1984, un document interne de Calvados revendique 560
abonnés dont 360 concessionnaires Apple et une cinquantaine de comptes
internes Apple Seedrin. La fréquentation quotidienne est de 350
connexions/jour réparties entre environ 150 utilisateurs différents.
L'usage global du serveur ce mois-là a été de 1300 heures, contre
seulement 800 heures le mois précédent. Aujourd'hui, un groupe de 560
abonnés à l'Internet réalise environ 4000 à 5000 heures de connexion
sur un mois donné...
En 1985, Calvados est à deux doigts d'obtenir un financement de 35 MF
de la CityBank, via le directeur de sa filiale française, acquis à la
cause au bout d'une longue période de négociation. Le jour où ce
dernier arrive à New York pour boucler le dossier, le conseil
d'administration de CityBank WorldWide remercie son PDG et en nomme un
nouveau qui bloque instantanément tous les investissements.
En 1984, un nouveau directeur du marketing débarque chez Apple France :
François Benveniste. Ce dernier négociera en 1986 avec Lionel Lumbroso
un accord dotant 3000 membres du Club Apple d'une boîte aux lettres
chez Calvados. Daniel Blériot, alors directeur du groupe de produits
d'Apple France regarde l'opération avec bienveillance.
A l'époque, Calvados gère l'e-mail depuis 1982, les forums de
discussion (Fora) et le chat (convivialité) depuis 1983 et vient
d'introduire le fil de l'AFP en ligne ainsi que les cours de la bourse
de Paris en direct, ce qui constitue une première en France. Toutes ces
fonctionnalités se développent naturellement via des logiciels
propriétaires, remis avec chaque nouvel abonnement, et qui dialoguent
avec le centre serveur.
En 1985, tout se passe bien, le CA croît gaillardement ainsi que le
nombre d'abonnés qui incarnent le cœur vivant des utilisateurs de
l'Apple II et du Macintosh, qui venait de se lancer. Ce « cœur vivant
» forme un groupe de pression actif sur la filiale française d'Apple
qui se rappelle tous les jours au bon souvenir de Benveniste via le
courrier électronique et des forums extrêmement fournis de
contributions diverses. Steve Plummer ne croit absolument pas au
Minitel, une formule de technologie rustique et dont l'inspiration
jacobine est à des kilomètres du libéralisme américain du
fondateur...
En 1986, fort de ses succès et nourri de l'observation d'un Compuserve
qui se développe bien aux USA, Steve Plummer, aidé par la société de
capital-risque Elysée Investissements, constitue un tour de table qui
va doter l'entreprise de 11 millions de francs, afin d'assurer un
développement rapide et important. On retrouve parmi les actionnaires
des noms tels que le Gan, la Caisse des Dépôts et Consignations ou le
Crédit Agricole.
Au conseil d'administration, on retrouve : Stephen Plummer (PDG), Jamie
Gilroy (DG), Lionel Lumbroso (DG), ainsi que Lionel Barras (PDG
d'Elysée Investissements), Roland Moreno (PDG d'Innovatron), Serge
Martinez (Président de MIS) et Jean-Louis Gassée (VP d’Apple
Computer Inc)
Serge Martinez était déjà, à l'époque, un membre actif du Front
National. Chez CalvaCom, de sensibilité nettement à gauche, on ne le
savait pas. La découverte fut cruelle lorsque Martinez se mit à
organiser des réunions du Front dans les locaux de CalvaCom, causant
ainsi une séparation rapide entre lui-même et Plummer.
Gassée était présent au conseil à titre personnel. Il n'y eut jamais
de participation d'Apple France au capital de Calvados. Très
rapidement, il démissionna du conseil pour ne prêter le flanc à aucun
amalgame.
Le contact Calvados / Elysée Investissement est établi entre Plummer
et Lionel Barras (PDG) mais c'est vite avec Gérard Stévenin, DG
d'Elysée Investissement que le dialogue permanent se noue.
A cette occasion, le 8 avril 1986, Calvados, refondé sous le nom de
CalvaCom, se lance dans une frénésie d'investissements dont certains
sont porteurs et d'autres plus contestables. Le centre serveur est
équipé d'un Tandem TXP d'une valeur de 7 MF, une machine biprocesseur
dotée de 8 disques de 475 Mo et de 16 Mo de mémoire. L'équipe
technique de Jamie Gilroy passe à huit personnes et cinq vendeurs sont
engagés, dont une bonne part viennent d'Apple France. La société
déménage en 1987 au 87 boulevard de Grenelle, dans un magnifique
immeuble, ancienne école technique de Péchiney, reconverti en siège
social de Nouvelles Frontières, l'opérateur touristique bien connu.
Des campagnes de publicités dispendieuses sont lancées et l'on se
souvient encore dans l'entreprise d'un carton d'invitation qui a coûté
30.000 F !! Par ailleurs, Apple étant le « grand frère » à qui tout
a réussi, il est décidé que chaque vendeur sera doté d'une voiture
de fonction (comme chez Apple) et Steve Plummer multiplie les
opérations de relations publiques fondées sur des repas gargantuesques
qui, s'ils agrandissent significativement son tour de taille,
n'apportent rien de bon aux finances de l'entreprise.
Bref, c'est la bérézina. Le Minitel décolle dans ce pays, Plummer ne
le voit toujours pas. Pourtant, il n'y a pas de place pour un serveur «
ASCII ». Ce type de service apparaissait à l'écran des rares
micro-ordinateurs installés comme une succession de lignes se
déroulant du bas vers le haut et impliquant, pour naviguer en son sein,
que l'on mémorise un système de commandes complexes. Les services
proposés par CalvaCom sont riches et techniquement sophistiqués mais
le marché n'est pas en état de les comprendre et surtout, il n'y a que
quelques milliers d'usagers qui acceptent potentiellement d'utiliser un
ordinateur coûteux pour accrocher ces services, alors que le Minitel
est gratuit (à l'achat) et extrêmement simple d'emploi. Qui plus est,
parmi cette « élite » restreinte d'usagers potentiels, une part
croissante utilise des PC et CalvaCom n'arrive pas à se dégager de
cette image de spécialiste d'Apple qui lui colle maintenant à la peau.
En février 1988, constatant des pertes énormes, Stévenin révoque
Plummer, dont les derniers échos font état d'une carrière dans la
restauration américaine, et engage Noel Howard-Jones, un anglais qui a
l'idée bizarre (pour un français) de vivre à Waterloo et ne fait
qu'occasionnellement des incursions dans notre pays. Lionel Lumbroso,
dont le maintien n'est pas jugé indispensable en ces temps de
réduction des coûts, fait également les frais de l'opération, tandis
que Jamie Gilroy est maintenu dans ses fonctions pour assurer la
continuité technique du service.
Howard-Jones (surnommé par certains « le homard jaune » ) se révèle
vite être un gestionnaire efficace. Tout en faisant une impitoyable
chasse aux coûts il se met en quête de nouveaux débouchés pour cette
équipe dont le projet central démontre au quotidien ses limites. Ce
sera l'ère du « tout messagerie » avec notamment une ouverture sur
l'acheminement de fax et de télex. Vous avez dit « télex » ? Un mode
de communication déjà obsolète en 1988, certes. Mais pas en Afrique
où Howard-Jones fabriquera de toutes pièces, grâce à un réseau de
distributeurs qu'il recrute, forme et anime personnellement une
véritable affaire rentable qui génère encore en 1999 un gros tiers du
CA de l'entreprise. A cette époque, Noël se ressource en Belgique,
travaille au Cameroun et passe par la France.
" Tous ceux qui ont participé à cette aventure, que ce soit en y
travaillant ou en s'abonnant à cette première «communauté
virtuelle» française, en ont été marqués à vie ".
http://www.lumbroso.fr/lionel/02_Calva/FB/FB_Histoire_1.htm-- Aujourd'hui, l'idéal du progrès est remplacé par l'idéal de l'innovation :il ne s'agit pas que ce soit mieux, il s'agit seulement que ce soitnouveau, même si c'est pire qu'avant et cela de toute évidence.Henry de Montherlant - Va jouer avec cette poussière
| Date | Sujet | # | | Auteur |
| 11 Sep 26 | Re: Calvacom | 2 | | Gilbert OLIVIER |
| 12 Sep 26 |  Re: Calvacom | 1 | | Otomatic |
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