Re: [Conseils d'utilisation] fr.soc.alcoolisme

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Sujet : Re: [Conseils d'utilisation] fr.soc.alcoolisme
De : mlpont2543 (at) *nospam* gmail.com (M Trop)
Groupes : fr.soc.alcoolisme
Date : 12. Dec 2022, 21:34:33
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Le mercredi 2 novembre 2022 à 06:12:48 UTC+1, Denis Guerineau a écrit :
Archive-Name: fr/chartes/soc.alcoolisme
 
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=== Conseils d'utilisation du groupe fr.soc.alcoolisme ===
=====================Alcooliques anonymes et médecins : deux actions pour une seule cause
Le mouvement des Alcooliques anonymes, qui réunit des anciens buveurs et fête son quarantième anniversaire, complète en bonne intelligence le travail des alcoologues. Il accompagne avec efficacité les alcoolodépendants sur la voie de l'abstinence, alors que les médecins, sans négliger la maladie alcoolique qui frappe 1,5 million de Français, s'intéressent aussi aux usagers occasionnels, qui sont quatre à cinq fois plus nombreux. Le Pr Philippe Parquet, chef de service en psychopathologie et alcoologie à Lille, explique l'intérêt de cette complémentarité.
LE QUOTIDIEN DU MEDECIN - Quel regard portez-vous sur les AA ?
Pr Philippe Parquet - Les AA représentent quelque chose de très intéressant en France, dans le champ de la santé. Ils constituent une greffe du système associatif et d'entraide sociale des anciens malades, comme tous les groupements d'anciens buveurs fondés à partir de congrégations religieuses ou de mouvements sociaux non sanitaires..
Oui, les AA se révèlent très singuliers. La plupart des organisations oeuvrant dans la même direction, cléricales ou laïques, ont pour philosophie « Je ne bois plus, donc je suis un buveur guéri, avec, toutefois, une épée de Damoclès ». Les AA sont plus près de la vérité biologique et psychologique, avec leur « Moi, Jean, alcoolique, non consommateur depuis 20 ans ». Ils situent « l'abstinent devenu » comme ayant développé un comportement de dépendance ; il reste alcoolique, c'est un état définitif.

Comment interprétez-vous la référence à Dieu dans le « Programme » AA pour se délivrer de l'alcool ?
Il ne faut pas analyser cette référence au pied de la lettre. L'organisation du système d'entraide AA, fondée sur une codification des rencontres, est avant tout américaine. A ce titre, elle témoigne de la culture associative des Etats-Unis, dans laquelle la divinité est omniprésente. C'est le reflet, d'ailleurs, de tout un pays dont le chef de l'Etat, lorsqu'il entre en fonction, prête serment sur la Bible.
Dans tous les cas, la référence à Dieu ne relève pas d'une position sectaire chez AA.

Avez-vous le sentiment, vous alcoologue, d'être relégué au second plan par les AA ?
Non, nous sommes complémentaires. Certes, les anciens buveurs en sont venus à prendre une place considérable. Au début des années soixante-dix, avec une poignée de confrères, nous prêchions dans le désert. A Lille, personnellement, on me percevait comme quelqu'un ayant ses « pauvres » (les alcooliques), à l'image des dames des bonnes œuvres d'autrefois. En ce temps-là, dans le monde médical, l'alcoolique c'était le « dépendant », et il le demeure pour les AA. Les uns et les autres, nous ne nous occupions pas, ou peu, en ce qui concerne les médecins, des buveurs occasionnels avec gueule de bois et polynévrite. En médecine, nous avons évolué puisque, depuis plusieurs années déjà, nous nous employons à repérer les conduites à risque. La prévention est notre lot quotidien.
Consommation épisodique et nocive
En somme, les anciens buveurs AA accompagnent, socialement et psychologiquement, les personnes dépendantes sur la voie de l'abstinence, et ils le font quotidiennement et avec efficacité ; tandis que les médecins spécialisés, tout en s'occupant des alcoolodépendants, élargissent leur champ d'intervention chaque jour au repérage des conduites à risque propres aux buveurs occasionnels.
Pour nous, alcoologues de l'an 2000, la vraie problématique n'est pas que les gens deviennent « accros ». Il s'agit de détecter l'usage d'alcool, non régulier, qui cause des dommages. Bien évidemment, c'est grave que 5 % de la population adulte aient un problème de dépendance avec les boissons alcoolisées. La consommation épisodique et nocive concerne quatre ou cinq fois plus de personnes. Et, c'est là que se situe le problème majeur de santé publique. Mon rapport « Pour une politique de prévention des comportements en matière de consommation des substances psychoactives », remis à Bernard Kouchner en 1997, mettait l'accent sur cette dimension. Les équipes de liaison en addictologie, qui travaillent en réseau, répondent à cette préoccupation. Il faut prendre en compte les déterminants d'un certain nombre de pathologies qui induisent des usages occasionnels nocifs d'alcool, à savoir les troubles du sommeil, le syndrome d'alcoolisme fœtal, les maladies cardio-vasculaires, la dé
pression, les troubles du comportement, etc. ; sans oublier les nuisances occasionnées par l'alcool, comme la criminalité, les accidents du travail ou de la route, voire l'absentéisme.
L'abstinence n'est pas un modèle de prévention
Est-ce à dire que l'abstinence ne serait pas à recommander à une personne ayant un usage occasionnel nocif de l'alcool ?
Je dirai que les anciens buveurs assurent un rôle social remarquable dans le champ de la dépendance. Pour autant, face à l'usage nocif, le remède n'est pas l'abstinence. Le seul fait de consommer un produit n'entraîne pas une dépendance. Le phénomène est beaucoup plus complexe. A une femme enceinte, tout généraliste sait, aujourd'hui, conseiller la suppression de la cigarette, de l'alcool et autres psychotropes. Si cette personne a appris, avec l'aide de son médecin de famille, à gérer son propre capital santé, rien ne l'empêchera, après l'accouchement, de (re)prendre une ou deux cigarettes et quelques verres de vin par semaine, ou encore un joint de temps à autre. Il est clair que l'abstinence n'est pas un modèle de prévention. Nous le savons.
En définitive, les rôles de chacun étant bien définis, AA et alcoologues n'ont aucune difficulté à cohabiter pour la même cause. Dans mon service, au CHU de Lille, ils assurent, ainsi que Vie Libre et La Croix d'Or, une permanence hebdomadaire. J'ai même étendu cette collaboration au groupement régional Nord-Pas-de-Calais d'alcoologie, qui rassemble 95 % des professionnels du secteur, soit quelque 400 personnes. Et c'est grâce aux AA, par exemple, que nous avons accordé une plus grande attention, au fil des ans, aux femmes alcoolodépendantes.

Propos recueillis par Philippe ROY

Date Sujet#  Auteur
12 Dec 22 o Re: [Conseils d'utilisation] fr.soc.alcoolisme1M Trop

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